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avril 2018

Jallatte

Reconquérir la place de leader

Créée en 1947 et membre depuis quatre ans du groupe leader européen de la chaussure de sécurité U-Invest, la PME française Jallatte, pionnière de ce marché en Europe, renoue aujourd’hui avec la croissance après avoir traversé des années difficiles. Totalement réorganisée sous l’impulsion de Jean-Marie Calame, l’entreprise qui ne cache pas son ambition de confirmer son retour au tout premier plan du marché moyen et haut de gamme de la chaussure de sécurité s’apprête à relocaliser en France la fabrication de sa toute dernière collection, porteuse d’une technologie réellement innovante et inédite dans le monde de la protection. 

Créée il y a 71 ans par Pierre Jallatte, l’inventeur du concept européen de chaussure de sécurité qu’il avait découvert aux Etats-Unis, l’entreprise qui porte le nom de son créateur est installée depuis sa fondation dans la commune gardoise de Saint-Hippolyte-du-Fort. Novatrice dans son secteur et portée par l’expansion économique que connaîtra notre pays lors des « trente glorieuses », la marque dominera son marché durant de longues années, lançant régulièrement des collections conçues et fabriquées dans ses ateliers gardois et remarquées pour leur technicité. Le début des années 1980 est marqué par l’intégration de la PME au groupe André, laquelle sera suivie de plusieurs rachats successifs dont Jallatte ressortira extrêmement affaiblie, même si la marque française est restée présente dans les esprits durant toutes ces années. 

Trois ans après la création de Jallatte, en 1950, Alfonso et Maria Uzzeni créent un atelier de fabrication de chaussures de l’autre côté des Alpes, dans le Nord de l’Italie. Une vingtaine d’années plus tard leur fils Franco, cuisinier de formation et entrepreneur dans l’âme, reprend l’entreprise familiale qui deviendra le leader de la chaussure de sécurité en Europe. 

Au cours de leur histoire, ces deux spécialistes de la protection du pied seront amenés à se rapprocher en diverses occasions. Passant sur les avatars plus ou moins heureux qu’ont connus ces structures durant une bonne trentaine d’années, nous reprenons le fil de l’histoire de Jallatte à une période beaucoup plus récente et plus précisément en 2014, année à laquelle le groupe de Franco Uzzeni reprend la PME française.  

Un nouveau départ 

« Toute crise représente une opportunité de développement » commente Jean-Marie Calame, DG depuis quatre ans de Jallatte, une entreprise dont il possède une bonne connaissance au moment où il en prend les rênes, pour l’avoir comptée de longues années parmi ses fournisseurs durant sa vie professionnelle antérieure de distributeur. « Certes la situation était difficile pour Jallatte, mais je connaissais ses atouts et j’étais persuadé que le redressement était possible » ajoute le dirigeant de la PME qui apprécie de jouir d’une grande autonomie dans la prise des décisions engageant l’avenir de l’entreprise gardoise tout en bénéficiant du soutien d’un groupe d’envergure mondiale dirigé par un entrepreneur réactif et pragmatique dont la vision à long terme est celle d’un industriel. 

Présentes dans plus de 50 pays à travers le monde, les marques de chaussures de sécurité de cette entreprise italienne familiale qui emploie 3 000 collaborateurs génèrent des ventes qui, en 2017, ont représenté un chiffre d’affaires de 113 Mε. Chaque année, le groupe produit quelque 4 millions de paires de chaussures, dont la grande majorité dans l’usine tunisienne du groupe implantée près de Bizerte. Les tiges des chaussures y sont découpées, cousues et montées avant que les semelles soient injectées sur la trentaine de carrousels de l’usine maghrebine. 

Jallatte quant à elle emploie 65 salariés, auxquels il convient d’ajouter une équipe de 15 agents commerciaux. Elle a réalisé en 2017 un chiffre d’affaires de 21 Mε marquant une progression de 27% par rapport à 2016. Au moment de la reprise de la PME française par le groupe transalpin, quelques centaines de paires de chaussures sortaient quotidiennement des ateliers Jallatte de Saint-Hippolyte-du-Fort. Aujourd’hui, l’injection de plusieurs types de semelles (PU2D, caoutchouc/PU) y est pratiquée à la cadence quotidienne de bientôt 1 000 paires. Réalisée sur les deux sites de fabrication tunisien et français, la production de chaussures représente un volume annuel de 600 000 paires, vendues pour les trois-quarts sur le marché français. 

Des savoir-faire complémentaires 

Outre la sauvegarde des emplois en France, la stratégie de Jallatte consiste à se développer sur les deux segments de la chaussure technique et de la chaussure ‘‘lookée’’. 

Pour le premier, l’entreprise gardoise met en avant la marque Premium Jallatte dont les valeurs différenciatrices reposent sur l’innovation, la performance ainsi que le conseil dispensé par sa force commerciale. Pour se développer sur le second segment, elle dispose en priorité d’Aimont, une marque positionnée sur le milieu de gamme et commercialisée, de même que Jallatte, en France et dans toute l’Europe de l’Ouest. Toutefois, il ne faudrait pas en déduire que la conception des chaussures de la marque Jallatte ne tient aucun compte de considérations liées au look et au design ! « Jallatte bénéficie en quelque sorte d’une double filiation et ses collections reflètent à la fois la technicité française et le design italien ». 

Rétablir la confiance   

Pour faire repartir Jallatte du bon pied, il était impératif de restaurer la confiance de la distribution et des utilisateurs finaux dans la marque, notamment à travers la présence régulière auprès d’eux d’interlocuteurs compétents et une logistique fiable. 

Dès l’intégration de Jallatte au groupe de Franco Uzzeni, Jean-Marie Calame s’est attelé à la reconstruction de la force commerciale. Celle-ci est aujourd’hui composée de quatre responsables grands comptes nationaux dont la préconisation des produits par marchés (chacun est responsable de cinq marchés) est l’une des missions principales. S’y ajoute une équipe couvrant l’ensemble du territoire et formée de quinze agents commerciaux sur le terrain ainsi que de cinq assistances commerciales sédentaires basées à Saint-Hippolyte-du-Fort. 

Pour apporter aux commerciaux des distributeurs ainsi qu’aux utilisateurs finaux des produits et aux prescripteurs tels les responsables HSE une bonne connaissance des EPI qu’elle commercialise, Jallatte dispense des modules de formation de niveaux différents dans son centre de formation gardois. 

La réorganisation logistique a également compté parmi les priorités du DG de Jallatte pour donner à l’entreprise un nouvel essor. Elle s’est concrétisée par la mise en stock permanente de l’intégralité des gammes Aimont et Jallatte, soit près de 300 modèles de chaussures représentant près de 300 000 paires
stockées. Sur cet aspect, essentiel aux yeux de la clientèle, Jallatte joue la transparence totale via son Visio-stock, un service à notre connaissance sans équivalent sur le marché français. Depuis le lien http://www.jallatte.fr/stock/ en libre accès, il est possible de connaître à tout moment et en quelques secondes, pour chaque modèle (et chaque pointure), le nombre de paires présentes dans le stock central italien (livrables dans ce cas sous cinq jours), le nombre de celles qui sont en transit et même celui des modèles en cours de production.

Une offre en constant renouvellement  

L’offre de Jallatte est structurée autour d’une vingtaine de collections de chaussures S1P et S3 adaptées aux besoins de tous les professionnels, de l’industrie au secteur des services en passant par les collectivités et le BTP. Au cours des quatre dernières années, la PME a ajouté à son catalogue près d’une dizaine de collections nouvelles dont les plus nombreuses portent la marque Jallatte. Equipées de semelles injectées mono, bi ou tri-matière, d’embouts de protection et d’inserts anti-perforation de différents matériaux, d’une tige basse ou haute en cuir ou en matériau synthétique, ces chaussures conçues par le service R&D du groupe en partenariat avec un bureau de design sont de nature à satisfaire une grande diversité de besoins et de goûts. 

Pour présenter les modèles nouveaux des deux marques et faire découvrir leurs caractéristiques aux revendeurs et utilisateurs, le service marketing/communication de Jallatte conçoit et diffuse diverses plaquettes et fiches techniques ainsi que deux catalogues généraux régulièrement réactualisés. Les salons de la profession (dont A+A, Expoprotection et Préventica…) auxquels participe régulièrement Jallatte sont également l’occasion de découvrir les gammes qu’elle commercialise, de même que le site internet www.jallatte.fr  tout récemment reconstruit et qui délivre bien d’autres informations encore. 

35 Mε de CA et plus de production française

Désormais adossée à un groupe industriel familial partageant avec elle des valeurs fortes, dont la passion des produits, Jallatte a beaucoup œuvré au cours des quatre années écoulées sur les plans organisationnel, humain et financier pour renouer avec la croissance et assurer sa réussite future. « Faire revivre la marque qui fut le leader de son marché était un véritable challenge qui semble bien en passe d’être réussi » commente Jean-Marie Calame « Mais il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué et je considère qu’une partie du chemin reste à parcourir ». Des propos mesurés qui n’empêchent pas le chef de l’entreprise gardoise d’exprimer la volonté de faire revenir la marque au tout premier plan de son marché. « Jallatte s’est fixé l’objectif de réaliser un CA de 35 Mε à l’horizon 2025, et ce avec une part croissante de fabrication en France ». 

Sur ce dernier point, Jallatte est engagée sur la bonne voie puisque les semelles des chaussures J-Energy, la plus récente des collections commercialisées par la PME française (elle vous est présentée plus en détail dans un encadré spécifique) seront injectées dans le Gard d’ici quelques mois. « Il était important à mes yeux de ramener dans le site de fabrication historique de la marque une partie de la production des chaussures J-Energy, des produits à haute valeur ajoutée issus d’une technologie d’avenir, et de profiter ainsi de l’expertise accumulée dans les ateliers gardois depuis des décennies » explique Jean-Marie Calame « Cette relocalisation aura nécessité un investissement en machines de l’ordre de 150 Kε et, d’ici la rentrée prochaine, les semelles des chaussures J-Energy seront injectées  à Saint-Hippolyte-du-Fort. » Quant au CA de l’entreprise cévenole, si l’on considère la progression enregistrée en 2017, l’objectif que s’est fixé Jallatte pourrait bien être dépassé.   

Dominique Totin

 

Des innovations signées Jallatte 

1960    Semelle en néoprène vulcanisé
1969    Semelle Softane® en polyuréthane mono-densité
1980    Semelle Softane® en polyuréthane bi-densité 
1986    Semelle tri-couches Triftane® 
1996    Xétane®, le premier embout composite 
2001    Flextane®, insert anti-perforation non métallique
2016    Chaussures J-Nude® à semelle défragmentée 
2017    Semelle J-Energy™ en TPU expansé 

 

J-Energy
Une technologie exclusive sur le marché de la protection 

Mise au point par BASF et initialement appliquée à l’univers du running, Infinergy™ est une matière qui allie les propriétés mécaniques du TPU et les caractéristiques d’une mousse pour conjuguer résistance, élasticité, souplesse et légèreté. A l'origine développée pour l’univers de la course à pied d’endurance, cette technologie qui équipe le recordman mondial du marathon et que sept des dix premiers coureurs du dernier marathon de New-York ont adoptée est à la base de la semelle J-Energy™ créée par Jallatte en collaboration avec son fournisseur BASF suite à de longs mois de R&D et divers transferts de technologies ayant nécessité d’importants investissements. Inédite dans l’univers des EPI, il s’agit de la première semelle intégrant des inserts en E-TPU (polyuréthane thermoplastique expansé). Aussi solide que du caoutchouc et aussi légère qu’une mousse, cette matière à mémoire de forme dynamique comprenant des microalvéoles d’air présente la particularité d’absorber les chocs et de restituer plus de 50% de l’énergie reçue (soit plus de deux fois plus que le PU) pour faire bénéficier l’utilisateur en station debout prolongée d’un effet antifatigue prouvé par les tests pratiqués par le CTC de Lyon (Centre Technique de la Chaussure). 

Outre les inserts blancs Infinergy® visibles à travers les fenêtres de la semelle SRC à double décroché en PU2D, les chaussures J-Energy sont équipées d’une doublure en maille 3D respirante, d’un renfort en TPU qui maintient la cheville et évite le déchaussement et la torsion, d’un embout en aluminium breveté avec membrane respirante et d’une semelle confort à l’avant du pied renforçant l’effet antifatigue.  

Dévoilée à la dernière édition d’Expoprotection à Paris et lancée en juin dernier, la gamme J-Energy® dont la fabrication sera bientôt relocalisée dans les ateliers cévenols de la marque comptait huit modèles au moment de son lancement. Cette gamme qui a déjà suscité les ventes d’une quinzaine de milliers de paires sur le marché français s’est depuis enrichie d’une collection Femmes avec des inserts de couleur (rose, fuchsia, vert anis et bleu azur) et de modèles dédiés à des marchés spécifiques (agro-alimentaire, santé, laboratoires…) avant le lancement d’une collection BTP à semelle Softane™ qui sera présentée à l’édition 2018 d’Expoprotection. 

 

Une production flexible à Saint-Hippolyte du Fort 

A ce jour, 35 personnes réparties en deux équipes travaillent dans les ateliers Jallatte de Saint-Hippolyte-du-Fort selon un planning établi chaque semaine en fonction de la production à assurer (type et volume des semelles à injecter). On peut relever la forte polyvalence de l’équipe de production placée sous la supervision du responsable d’atelier Eric Michel ainsi que le savoir-faire des membres qui la composent. Ces derniers bénéficient pour la plupart d’une longue expérience acquise dans l’usine française de Jallatte qui en a fait de véritables experts, notamment en matière de semelage. 

L’usine gardoise couvre une superficie de 5 000 m² d’un seul tenant dans un hall organisé autour de trois pôles : le stockage des matières premières, les ateliers de production et le secteur emballage/expéditions. Entre 2014 (l’année du rachat de Jallatte par le groupe industriel dont elle est membre) et aujourd’hui, la production quotidienne de l’usine est passée de quelques centaines de paires à plus d'un millier, un chiffre appelé à augmenter encore et ce, dès la relocalisation de l’injection des semelles des chaussures J-Energy. 

Trois carrousels d’injection sont implantés dans cette usine à la production largement robotisée dont deux sont actuellement en fonctionnement. L’un est intégré à la chaîne de production des chaussures à semelles en PU2D et l’autre permet l’injection des semelles en caoutchouc/PU, chaque carrousel permettant l’injection de modèles de chaussures différents au cours d’un même cycle.
 

 

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