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mars 2017

Cincinnati VR

Un savoir-faire unique en France

Depuis neuf ans, Cincinnati VR affirme son savoir-faire de fabricant français de perceuses, en faisant le pari de l’innovation. Lancée sur le salon Industrie, sa nouvelle gamme P23 adaptée aux nouvelles exigences de productivité et de rationalisation des utilisateurs illustre son expertise qui puise dans une conception et une fabrication entièrement françaises.

Son nom évoque bien entendu la grande ville américaine de l’Ohio mais Cincinnati VR est une PME industrielle bien française, implantée à Chambost Allières, un petit village du Rhône, dans les Monts du Beaujolais. 

Certes, l’entreprise doit son nom à l’entreprise américaine spécialisée dans la machine-outil, avec laquelle elle a croisé, à un certain moment, son destin. Mais il faut retenir aussi les deux lettres qui suivent, VR, V comme Vincent et R comme Rivier, du nom de ses deux dirigeants, Guy Vincent et Patrice Rivier. Car Cincinnati VR est aussi une aventure humaine, celle de deux entrepreneurs qui ont fait le pari en 2008 de relancer son activité. « Les machines Cincinnati ont une durée de vie, en pleine utilisation, de plus de 25 ans. Il était impensable que tout ce savoir-faire disparaisse » explique Guy Vincent. « L’objectif était de poursuivre notre activité sur le sol français afin de conserver un savoir-faire en France, de préserver l’emploi des salariés et de nos sous-traitants et de maîtriser une qualité digne des clients. »

Le dernier fabricant français de perceuses 

Née Chomienne en 1946, du nom de son fondateur, un fabricant de machines outils de Villeurbanne (69), la PME a effectivement traversé plusieurs mauvaises passes. Pourtant, son arrivée à Chambost Allières en 1958 avait démarré sous les meilleurs auspices et en 1959, alors que le plan Marshall bat son plein, l’Américain Cincinnati prend des parts dans l’entreprise, avant de l’acquérir entièrement en 1970. Cincinnati-Chomienne devient Cincinnati Milacron. En 1992, la société connaissant des difficultés, quatre des ses cadres la rachètent à Cincinnati avant de la revendre au groupe Cato, spécialiste français de la machine-outil. Dénommée désormais Cincinnati CA comme Chambost Allières, elle est de nouveau confrontée au spectre de la liquidation judiciaire, en septembre 2007. 

Guy Vincent, responsable de production, entré chez Cincinnati Milacron en 1980 comme responsable du SAV et de la formation dans le service des centres d’usinage à commandes numériques, à cette époque fabriqués à Chambost Allières, relève alors le défi, avec Patrice Rivier, un ancien cadre de l’entreprise. « Personne n’y croyait » se souvient Guy Vincent. Si, au départ, les banques se révèlent quelque peu frileuses, les collectivités locales, heureusement, ne se défilent pas. Début 2008, les deux entrepreneurs reprennent l’activité sous un système d’atelier relais, la communauté de communes étant propriétaire des bâtiments jusqu’en 2018, date à laquelle Cincinnati VR retrouvera la pleine propriété de ses locaux. «  Les élus locaux ont cru en nous, sans que cela ne coûte rien aux contribuables. Et cela nous a permis de préserver  l’emploi local. » 

S’appuyant aujourd’hui sur 15 personnes, la PME de Chambost Allières peut revendiquer une conception et une fabrication 100% française de l’ensemble de ses machines. « Cincinnati VR est aujourd’hui le dernier fabricant français de perceuses. Avant d’être des fabricants, nous sommes des usineurs, nous transformons l’acier. » Les éléments qui ne sont pas fabriqués sur le site proviennent tous de fabricants français, comme les moteurs Leroy Somer, ou de sous-traitants souvent locaux. Les pièces de fonte, produites à partir de modèles  appartenant à Cincinnati VR, sont issues de fonderies situées notamment dans les Ardennes ou à côté de Lyon. Les opérations de traitement de surface sont réalisées à Lyon, et toutes les pièces de mécano-soudure proviennent d’un atelier situé à 15 kilomètres du site. Et si Cincinnati VR assure la peinture des pièces de fonderie, les tôles bénéficient d’une peinture époxy effectuée à Villefranche-sur-Saône. Au total, 400 machines sortent annuellement de l’atelier de Chambost Allières.

Reconquête

Janvier 2008, lorsque l’activité redémarre, Cincinnati VR réalise un chiffre d’affaires de 900 000 euros et a perdu 70% de ses parts de marché. Ses ventes s’élèvent aujourd’hui à 1,6 million d’euros, traduisant une reconquête des distributeurs, année après année, dans un contexte économique, comme chacun le sait, difficile et de concurrence accrue, notamment de la part des importateurs de machines asiatiques. Plutôt qu’épuiser ses forces à batailler sur le marché français, la PME se tourne vers l’export, avec l’appui d’une société extérieure, d’abord vers l’Allemagne et la Suisse, ce pays restant son premier débouché à l’étranger. Aujourd’hui, Cincinnati VR réalise 11% de son chiffre d’affaires à l’international, commercialisant ses machines pratiquement partout dans le monde. 

En France, la confiance revient petit à petit. L’entreprise s’appuie sur une force de vente externe de sept personnes, parmi lesquelles Marc Choquart ex-dirigeant de la structure pendant vingt cinq ans, aujourd’hui en charge de la région Centre, Bourgogne et Ile-de-France. Cette équipe peut compter sur une alliée de choix, la notoriété de la marque, associée à la qualité éprouvée des machines. « Environ 120 000 machines Cincinnati sont en service sur le marché français. La marque bénéficie d’une réelle notoriété » se félicite Guy Vincent. Et ces machines étant en mesure de passer les décennies, le fabricant assure la mise à disposition des pièces détachées jusqu’à 35 ans. « C’est un investissement important pour l’entreprise. Mais c’est du service et cela montre que nos machines sont conçues pour durer. » 

Considérée comme la gamme de perceuses la plus large du marché avec de nombreuses options et variantes, l’offre de Cincinnati VR se compose actuellement de 110 modèles avec selon les références un spectre de vitesses allant de 35 à 18 000 tours/min et des capacités de perçage allant de 0,1 à 40 mm de diamètre. Cette capacité grimpe bien au-delà  avec l’utilisation de trépans ou cloches. Offrant également une capacité de taraudage de M0,5 jusqu’à M24, ces machines sont adaptées à tout type d’utilisation, artisanat, maintenance, grande production, laboratoire, formation, de l’acier au travail du bois. 

Le pari d’innover

Dès 2009, conscient du savoir-faire technique de leur entreprise, les dirigeants ont veillé à ce que cette expertise qui, jusqu’alors se transmettait de personne en personne, soit formalisée sur des supports écrits et vidéos. « Cela nous a permis de faciliter les transmissions de savoir-faire et de donner une plus grande polyvalence aux opérateurs. »

Parallèlement, le pari de l'innovation pris par les deux entrepreneurs est rapidement salué par le marché. En 2009, sur le salon Industrie, Cincinnati VR reçoit le Lyon d’or pour son banc de perçage à écran tactile, un écran tactile multi-protocolaire qui peut s’intégrer dans un processus existant et se combiner avec des robots. « Nous étions les premiers au monde à lancer une perceuse à écran tactile. »

D'un autre côté, le fabricant fait le choix d’arrêter la production de centres d’usinage à commande numérique. « Pour les entreprises, les perceuses correspondent à de l’autofinancement. Pour les centres d’usinage, l’investissement est plus important. Et en période conjoncturelle difficile, elles se tournent vers les produits les plus compétitifs. Nous ne pouvions pas rivaliser en termes de prix. »

P23, un nouveau pas technologique

En 2017, Cincinnati VR franchit un nouveau pas. Lors de la prochaine édition du Salon Industrie, il lance sa gamme P23, capacité de perçage de 23 mm dans un acier de 60 kg, qui a nécessité deux ans d’élaboration. Au sein du bureau d’études, Kevin Cintas, qui a eu carte blanche pour concevoir cette nouvelle gamme, n’a pas hésité à faire appel à l’expérience technique des opérateurs de l’atelier, notamment des anciens. Associant l’expertise historique de l’entreprise et les exigences nouvelles des utilisateurs finaux, cette gamme affiche des atouts inédits sur le marché. Tout d’abord, l’industriel a travaillé sur l’ergonomie de la machine, ce qui permet de réduire la pénibilité, sans pour autant atténuer la précision (voir encadré). Quasiment silencieuse et évitant toute vibration, elle doit ses aptitudes au soin porté à la précision de l’usinage des pièces, « à quelques microns près ».

Grâce à un écran tactile didactique, la programmation est facilitée, avec une aide au choix même pour un opérateur novice. «  La machine va d’elle même sélectionner, selon la matière et le diamètre, la bonne vitesse. Elle travaille donc dans des conditions optimales. » Ces perceuses offrent également un fonctionnement possible dans le sens anti-horaire, autorisant le taraudage même si elles ne sont pas dotées de l’option.

La gamme P23 joue effectivement la carte de la polyvalence. Elle affiche des vitesses pouvant varier de 80 à 6 500 tours/min, alors qu’auparavant la plage de fonctionnement des perceuses Cincinnati VR de cette catégorie évoluait de 100 à 4 400 tr/min. « Aucune perceuse ne dispose d’une telle plage de vitesses. » Cette polyvalence va notamment permettre à Cincinnati VR de cibler les ateliers de maintenance, plutôt enclins à opter pour des produits d’importation, en leur donnant les moyens de remplacer plusieurs machines. « Avec cette gamme, nous ciblons la mécanique générale et les gros ateliers de maintenance. Plutôt que baisser les prix, avec des machines simplifiées même si elles préservent leur qualité, nous avons choisi d’affirmer notre positionnement haut de gamme pour donner envie au client de changer ou d’acquérir une nouvelle machine. » Non seulement cette gamme apporte à l’utilisateur de nouveaux atouts, mais elle bénéficie d’un nouveau design. Le câblage électrique est totalement intégré dans la tête et le capot supérieur profilé en ABS recyclé  protecteur de la transmission gagne de surcroît en robustesse. 

Pour Cincinnati VR, la gamme P23 lui génère également des gains en compétitivité. Elle réduit les coûts d'immobilisation de l'entreprise en diminuant le nombre de modèles en stock. Elle lui permet d'améliorer le service en réduisant à une semaine le délai de disponibilité de la machine après commande, du fait de sa fabrication en quantité, contre une quinzaine de jours habituellement. Enfin, fabriquée sur des volumes de 100 unités, elle affiche un prix d’achat similaire à celui des autres machines de la marque. Tout concourt pour voir cette gamme P23 évoluer dans les prochaine années, notamment en augmentant ses capacités.     

AR

 

Conception et fabrication 100% françaises 

Seul fabricant français de perceuses, Cincinnati VR se distingue par ses machines de conception inédite. L’assemblage tête et table est effectué sur une colonne acier, suivant le principe mécanique de poutre encastrée, ce qui permet d’assurer une rigidité maximale entre la table et la broche. 
Les diamètres des fourreaux de broche sont les plus dimensionnés du marché, par exemple 80 mm pour une capacité de perçage de 32 mm, ce qui permet d’utiliser des roulements de broche fortement dimensionnés supportant, dans ce cas, un effort nécessaire de 1000 kg de poussée.
La broche est guidée par trois roulements de précision. L’alésage continu de la tête en une seule opération permet un guidage et une concentricité parfaits entre la broche et les poulies d’entraînement. 
Le jeu des différents composants est également réduit grâce à l’opération de rodage entre l’ensemble du fourreau de broche et l’alésage de la tête, de l’ordre de deux à trois microns. Cela évite toute modification de ce jeu dans le temps, quelle que soit l’utilisation. Les vibrations sont réduites au maximum.
Le rendement de la transmission et amélioré par l’utilisation de courroies Poly-V. La tension des courroies faite en usine est identique sur toutes les plages de vitesses. La puissance des moteurs est calculée pour un service continu. Pour finir, le niveau de bruit des machines est le plus bas du marché.

 

Les machines P23

La gamme P23 apporte des améliorations en termes de pénibilité. Les bras du cabestan ont été rallongés et le pignon de descente réduit en diamètre permettant ainsi de démultiplier l’effort. Elle intègre également un éclairage led. Polyvalente, elle offre une vitesse de 80 à 6 500 tours/min et une capacité de perçage de 23 mm dans un acier à 60 kg. Elle fonctionne également dans le sens anti-horaire.