Les pantalons de travail
L’ergonomie sous toutes les coutures
Les pantalons de travail forment l’essentiel du marché du workwear avec des ventes qui sont d’un rapport de sept à un par rapport à celles des vestes et autres blousons. Du fait de leur amélioration constante au fil du temps, ils permettent aujourd’hui de travailler en tout confort tout au long de la journée avec des produits résistants et esthétiques. La prochaine étape sera celle de l’éco-responsabilité systématisée.
La sécurité au travail est aujourd’hui devenue un impératif pour toutes les entreprises, espérons-le, et cet engagement implique l’achat de nombreux équipements pouvant protéger les travailleurs de la tête au pied. Si certains équipements ont une légitimité immédiate, comme les cagoules de soudage pour un soudeur, une combinaison à usage unique pour les environnements chimiques, un casque anti-bruit pour les milieux bruyants, d’autres sont considérés comme moins incontournables car pouvant faire l’objet de substitution par des fournitures communes. On trouve dans ce champ tous les articles non normés dont l’intérêt premier et d’apporter un confort au travail, et en particulier tout l’univers workwear dont la proximité avec les vêtements du quotidien est patente. Cet article se propose de n’aborder que la partie pantalon.
Le tissu et la coupe
Ayant le workwear comme angle principal de cet article, nous allons le commencer avec tout ce qui relève des éléments de confort, attributs qui se sont imposés progressivement depuis une vingtaine d’année avec une accélération indiscutable sur la dernière décennie, dans la droite ligne de ce qui se fait dans le sport et dans l’outdoor. Nous aborderons les autres composantes des pantalons dans un second temps.
L’évolution qualitative des pantalons s’articule principalement autour de deux grands vecteurs, à savoir l’extensibilité des tissus et la qualité des coupes. Ces deux éléments se nourrissent l’un l’autre, le stretch permettant des coupes plus recherchées et l’engouement pour les coupes ajustées suscitant un intérêt supplémentaire pour le stretch. Les pantalons peuvent réellement s’adapter à la morphologie des personnes. Les collections actuelles font ainsi la part belle aux tissus extensibles, lesquelles permettent de pallier des inconvénients des précédentes offres en termes de rigidité des formes et plus simplement d’esthétique.
Pour autant, il faut garder à l’esprit que tous les pantalons ne sont pas stretch car certains demandent avant tout de la robustesse et de la solidité, peut-être 20% en volume sur le workwear. On peut penser ici à ceux des charpentiers, des couvreurs, des étancheurs, des métiers dans lesquels les pantalons sont mis à rude épreuve en matière d’abrasion et d’exposition à la chaleur. Le stretch est fondamentalement moins solide car la fibre peut s’étendre.
Stretch mécanique 2D
Pour le stretch, l’extensibilité des tissus est obtenue de deux façons différentes. Le procédé peut être mécanique avec un tissage sans fibres élastiques pour obtenir un stretch bidirectionnel, on parle alors de stretch mécanique. Il peut aussi faire intervenir des fibres élastiques avec ici deux possibilités de fabrication qui mène le premier au stretch 2D et le deuxième au stretch 4D, leurs dénominations communes sur le marché. Ces chiffres indiquent simplement que les extensions sont bidirectionnelles ou quadridirectionnelles – un mouvement d’élargissement sur un axe est dit bidirectionnel car il augmente la surface dans deux directions opposées, et dit quadridirectionnel quand il est sur les deux axes.
La première famille est donc celle du stretch mécanique, un terme qui vient désigner un tissu, communément un polyester majoritaire avec du coton, dont l’extensibilité est obtenue sans apport de fibres élastiques. Concrètement, les fils utilisés ici sont texturés ou torsadés. Texturés, leur structure a été déformée puis stabilisée pour leur donner un peu de volume et de souplesse. Torsadés, ils emmagasinent une torsion élevée. Dans les deux cas, cela permet de créer une micro-élasticité naturelle. Ce mode de fabrication apporte une possibilité d’étirement dans une seule direction, en général celle de la trame, même si cela peut différer en fonction de l’armure du tissu : l’armure est le plan de tissage qui donne les propriétés textiles, avec un fil de chaîne solide et peu extensible dans la longueur du tissu et un fil de trame plus souple dans la largeur (perpendiculaire).
Cette technique du stretch mécanique permet d’obtenir des tissus résistants, souvent légers et qui, par leur composition, supportent bien les lavages et la chaleur. Ils ont par ailleurs une bonne stabilité dans le temps, se déformant peu en dépit d’une capacité de retour à la forme initiale inférieure aux tissus intégrant des fibres élastiques – ils peuvent perdre un peu de tenue mais ne se distendent pas de façon inconsidérée.
Stretch 2D à fibres élastiques
Les autres tissus extensibles sont obtenus en intégrant des fibres élastiques dans leur composition – un pourcentage très variable compris entre 5 et 20%. Pour le stretch 2D, la règle est d’incorporer dans la trame de la fibre élastique, en règle générale de l’élasthanne – polyuréthane élastomère dont les noms commerciaux les plus connus sont Lycra® et Spandex™ –, sans qu’un mode de fabrication particulier ait été développé. L’objectif de cet apport est de conférer une forte élasticité dans le sens de la trame, un étirement bidimensionnel qui justifie la dénomination 2D même si une faible élasticité est également créée sur l’autre axe du tissu (un axe fort et un axe faible). Il existe d’autres fibres que l’élasthanne, comme le Sorona® qui combine deux tiers de polyester PTA et un tiers de glucose extrait du maïs (PDO).
Les tissus stretch 2D offrent l’avantage d’offrir une souplesse certaine dans le mouvement tout en gardant une bonne structure aux vêtements et une reprise correcte de sa forme au repos. Pour les pantalons, la coupe peut être bien travaillée pour suivre les formes du corps, réduire les tensions au niveau des zones sensibles comme les genoux, et pouvoir s’asseoir et se pencher sans gêne – ils restent bien ajustés sans glisser ni bailler.
Stretch 4D à fibres élastiques
De son côté, la technologie stretch 4D apporte une élasticité plus importante qui permet d’étirer réellement les tissus dans quatre directions, et non deux seulement. Par rapport à un stretch 2D qui utilise un fil tissé classique en chaîne et trame avec l’intégration d’élasthanne dans un seul sens, en règle générale la trame, le 4D peut être fabriqué avec un tissu tissé intégrant de l’élasthanne en chaîne et en trame (procédé complexe et coûteux) ou le plus souvent un tissu tricoté mélangeant des fibres comme le polyester ou le polyamide avec de l’élasthanne dans toute sa structure. Le tricot crée de boucles qui s’enchaînent et peuvent se déformer dans tous les axes, ce qui crée des tissus naturellement extensibles. Le stretch 4D est très répandu dans l’outdoor pour la randonnée, l’alpinisme où il faut des vêtements confortables avec des coupes près du corps qui donnent une grande latitude de mouvement. Dans ces différentes constructions, il peut y avoir des renforcements sur des endroits sensibles du pantalon (entrejambe, genoux, bas de jambe, entrée de poche) qui sont façonnés en polyamide haute ténacité Cordura® en versions non-stretch. La fourche et la partie supérieure du genou (bas de la cuisse) sur laquelle on force en s’accroupissant sont celles qui sont le plus susceptibles de recevoir des inserts incorporant de l’élasthanne. Précisons ici que les dommages qui occasionnent le plus souvent la réforme du pantalon sont l’entrejambe et la fermeture zip, la dégradation d’un de ces éléments entraînant dans 90% des cas la mise au rebut du vêtement.
Lavage industriel pour le stretch premium
Pour tous ces vêtements, il faut faire attention aux préconisations de lavage car tous les stretchs ne se valent pas. Il y a comme dans toutes propositions commerciales de l’entrée de gamme comme du premium. Ainsi, il est possible de retrouver sur le marché des vêtements stretch qui ne peuvent être nettoyés qu’à des températures de 30°C ou 40°C et qui ne supportent pas les essorages intensifs. Ils sont encore moins adaptés aux lavages industriels où le séchage s’effectue dans un tunnel où la chaleur est portée durant un temps de quelques secondes au-delà des 100°C. Le tissu du pantalon est ici mis à rude épreuve et dans le cas des fibres élastiques, cette montée en température empêche le retour à leur forme initiale. Cela dit, il y a d’un autre côté des stretchs très qualitatifs qui peuvent tolérer ce traitement. La règle sur le lavage n’est pas uniforme malgré ce que l’on pourrait penser au premier abord.
La diversité des coupes
Avec ce matériau stretch, les marques offrent à leurs designers des libertés accrues pour concevoir les vêtements, et notamment les pantalons. De fait, ils peuvent imaginer des formes qu’il était impossible de réaliser auparavant avec l’avantage d’obtenir un « fit » d’un grand confort associé à une esthétique de haut niveau.
Dans leur travail, ces créateurs peuvent utiliser les propriétés des tissus stretchs pour créer des formes ergonomiques qui peuvent épouser les corps sans créer de compression, intégrer des panneaux extensibles dans des zones ciblées, réduire les marges de confort classiques qu’il était auparavant obligatoire de prévoir pour donner de la liberté de mouvement ; ici, le stretch remplit cet office. Grâce à ces qualités, tout en multipliant les possibilités de design, les pantalons qui intègrent des tissus extensibles s’ajustent aux différentes morphologies, apportent une fluidité dans le mouvement, occasionnent moins de tiraillements et de...











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