Vêtements et chaussures : Les modèles pour femmes
Les EPI au défi de l’égalité homme-femme
Les modèles spécifiquement adaptés à la morphologie féminine se développent au sein des gammes de vêtements de travail et de chaussures de sécurité. Loin de faire encore l’unanimité dans les entreprises finales, ces solutions – qui participent à la sécurité des professionnelles, à leur confort de travail et à leurs performances – doivent être encore valorisées par les distributeurs. C’est aussi une marque de reconnaissance pour les salariées et un enjeu d’image pour l’employeur.
Est-il concevable qu’en 2025 une partie des travailleurs en France soient équipées d’une tenue de travail adaptée certes aux contraintes et risques de leurs postes, mais pas à leur morphologie ? Un petit tour sur internet laisse entrevoir combien la problématique des vêtements et chaussures de sécurité pour femme est d’actualité : « j’ai connu les EPI trop grands et mal ajustés », « les chaussures unisexes, c’est trop grand, pas de maintien du pied, coque qui remonte trop haut sur le coup de pied », « le pire, c’est les pantalons soit-disant mixtes, avec les hanches trop étroites et 20 cm de longueur en trop… ».
La marque allemande Bierbaum-Proenen, qui fait partie des précurseurs en matière de vêtements de travail féminins en a fait le constat. « Dans de nombreuses professions dominées par les hommes, les femmes ont longtemps été obligées de porter des vêtements masculins pour travailler. Il n’existait pas de vêtements professionnels ni d’équipements de protection individuelle spécifiques pour elles. Pourtant, les femmes ont une anatomie différente de celle des hommes et leurs exigences en matière de vêtements sont également totalement différentes. »
Heureusement, depuis une ou deux décennies, les marques de vêtements de travail et de chaussures de sécurité se sont attelées à répondre à ce besoin, avec une offre – il faut le saluer – grandissante dans leurs catalogues. Néanmoins, cette amélioration n’est pas encore suffisante comme l’exprime Mohamed Trabelsi, responsable de domaine EPI (Normalisation et Innovation) à l’OPPBTP (Organisme Professionnel Prévention Bâtiment Travaux Publics). « En 2025, il est temps de tordre le cou à une réalité encore trop présente : les équipements de protection individuelle restent majoritairement conçus pour des morphologies masculines. Cela touche tous les EPI, mais cela concerne surtout les vêtements, les chaussures et les harnais anti-chute. » Si le Code du Travail ne précise pas explicitement le besoin d’équipements spécifiquement adaptés aux travailleuses, il insiste quand même sur l’obligation de l’employeur à fournir à ses équipes une protection individuelle appropriée. « L’employeur est responsable de l’analyse des risques. Le fait que l’équipement soit adapté au salarié est à prendre en compte lors de cette évaluation. Il ne faut surtout pas engendrer des risques supplémentaires parce que l’EPI n’est pas adapté à la morphologie. C’est une histoire de bon sens » poursuit Mohamed Trabelsi, en rappelant que l’OPPBTP en tant qu’organisme de prévention incite à ce que les équipements de protection individuelle, quelle que soit leur catégorie, soient adaptés à leur porteur, homme ou femme. Les risques générés par un EPI mal ajusté ne doivent pas être minorés.
Sécurité au travail
Ces risques potentiels ne sont pas une invention de l’esprit. Des vêtements dont la taille est trop large, des manches qui dépassent sont susceptibles de gêner la posture, sollicitant davantage le corps et engendrant plus de fatigue, voire même provoquant un risque de happement si la professionnelle passe à côté d’une machine. « La concentration est mise à mal si les vêtements sont constamment mal ajustés et ne sont pas vraiment à la bonne taille » confirme Bierbaum-Proenen en évoquant les manches des vestes de travail pour hommes trop longues pour les femmes, nécessitant pour ces dernières de toujours les retrousser. « En revanche, les vestes pour hommes sont trop étroites au niveau des hanches pour les femmes, de sorte que les employées doivent soit les porter ouvertes, soit acheter une veste de travail deux tailles plus grandes. Mais leurs épaules sont alors beaucoup trop larges et leurs manches encore plus longues qu’elles ne le sont déjà. »
Au niveau des chaussures, c’est plutôt le risque d’entorses lié à un mauvais maintien du pied qui est pointé, notamment pour celles qui opèrent à l’extérieur, dans le BTP ou les espaces verts, et dans tous les cas d’inconfort et de fatigue. Le fait d’être à l’aise dans sa tenue, portée pendant plusieurs heures, se répercute évidemment sur les performances et la sécurité au travail.
Image et reconnaissance
La notion de confort et de bien-être au travail joue également un rôle dans la reconnaissance de la personne et peut impacter l’image de l’employeur. « Quand on débarque sur un chantier et que l’on voit que les femmes sont mal équipées ou flottent dans des vêtements mal ajustés, ce n’est pas très flatteur non plus pour l’entreprise. On sait que derrière, l’employeur ne fait pas l’effort d’être à l’écoute de ses salariés, notamment femmes » regrette Mohamed Trabelsi. « Si le patron ne fournit pas les équipements adaptés à sa morphologie, c’est aussi un sentiment de non-reconnaissance pour la salariée. Elle risque de ne pas se sentir légitime. A partir du moment où un employeur est l’écoute des besoins de ses salariés, ils n’en sont que plus motivés. »
Ce n’est pas l’équipe de Molinel qui dira le contraire. A la demande des collectivités et des grands groupes, la marque a lancé en 2013 ses premiers modèles féminins dans sa ligne haute-visibilité Clyde, avant de déployer sa démarche à d’autres collections. « L’identité s’exprime avec le vêtement de travail. Le fait de proposer des vêtements femmes, c’est aussi reconnaître la place de la femme dans ces univers. C’est également un gage de sa crédibilité, parce qu’elle ne veut pas non plus être déguisée en rose. Elle veut juste être reconnue à travers un vêtement qui soit techniquement adapté et confortable, dans lequel elle se sente bien pour évoluer. Comme tout le monde, en fait… » souligne Claire Obein, chef de produits workwear Molinel.
Laurinda Ferreira, directrice commerciale de la marque belge Sioen, fabricant qui a notamment fait partie des premiers à proposer des vêtements multirisques adaptés à la morphologie féminine, rejoint ce point de vue. « Ce n’est déjà pas forcément facile pour une femme d’avoir sa place et d’être reconnue comme légitime dans les univers très techniques. La qualité de son vêtement de travail ne peut donc que l’aider à avoir confiance en elle et donner à son discours toute la crédibilité qu’il mérite. »
Attractivité
Un constat que fait également sur le terrain Vincent Hervé-Pineau, co-dirigeant de l’entreprise Figomex, distributeur indépendant de l’ouest de la France (réseau Securom Cofaq), qui propose dans ses magasins de Saint-Herblain, la Roche-sur-Yon et Angoulême (avec SPC NEO), et dans ses catalogues, des gammes féminines au même titre que les gammes masculines. « Les entreprises sont de plus en plus attentives à proposer des EPI réellement inclusifs, non seulement pour des raisons de conformité, mais aussi pour le bien-être et la performance de leurs collaboratrices. En tant que distributeur local, nous remarquons que pour les entreprises, c’est aussi un vecteur de différenciation. La capacité à proposer des équipements adaptés peut faire la différence pour une entreprise et l’aider dans ses recrutements. »
Comme pour tous les EPI, la mise à disposition d’équipements adaptés est ainsi considérée comme un outil facilitant le recrutement, voire même un vecteur de paix sociale et tout simplement de bonne intégration dans les équipes, comme le précise Bierbaum-Proenen. « Les vêtements de travail spécifiques au genre sont également importants pour le travail en équipe. Les équipes mixtes ne sont homogènes que si les exigences différentes des hommes et des femmes sont prises en compte. Pour ce faire, les vêtements de travail peuvent également créer les mêmes conditions pour tous les employés. »
Une demande croissante
Visiblement, en Europe, les pompiers et l’armée ont été les premiers secteurs à prendre conscience de l’importance de tenues adaptées à la morphologie du porteur. Les pays du nord de l’Europe semblent aussi avoir pris une longueur d’avance, en témoigne d’ailleurs au sein des marques qui en sont originaires des tenues de travail de grossesse.
En France, la féminisation des métiers du BTP, de l’industrie, de la maintenance, de la logistique, des transports ou encore des espaces verts, stimule évidemment une demande croissante. L’amélioration des conditions de travail, liée notamment à l’allègement des charges – comme le poids admissible des sacs de ciment et de plâtre passés de 25 à 15 kg – et à la mécanisation des process, par exemple en logistique, augmentée aussi il faut bien le reconnaître d’une évolution des mentalités, a effectivement contribué à ouvrir à la gente féminine certaines professions autrefois dévolues aux hommes, en repoussant le seul frein de la force physique. « En ce qui nous concerne, la demande est d’abord venue de l’industrie et des PME, avant de s’élargir aux autres secteurs » explique Vincent Hervé-Pineau. « Depuis trois à quatre ans, nous observons une demande croissante et plus précise pour des équipements spécifiquement conçus pour les femmes, aussi bien sur le plan du confort que de l’image. Cette tendance s’accentue avec la féminisation progressive de métiers techniques et de terrain. Nous la constatons particulièrement dans les secteurs industriels, logistiques et des services techniques (propreté, maintenance, collectivités). Le BTP suit également cette dynamique, notamment chez les grands groupes qui intègrent davantage de femmes sur les chantiers et dans les équipes de supervision. »
Un poids encore faible
Si la courbe évolue positivement, les femmes ne représentent encore, selon la Fédération française du bâtiment, que 13% des effectifs dans le BTP, dont un peu moins de 3% sur les chantiers. « C’est un secteur qui est en début d’évolution, les femmes commencent à prendre leur place sur l’univers du BTP. On voit bien que sur les réseaux sociaux, il y a de plus en plus d’influenceuses qui vont mettre l’accent sur des vêtements où elles seront à l’aise » remarque Marie Huvet, responsable communication de Molinel. « Pour Molinel, la déclinaison d’une offre femme est une question d’éthique, mais aussi de réponse aux besoins du marché. Nous avons aussi une rubrique dans notre catalogue où nous rassemblons notre offre femme. C’est important pour nous. »
Néanmoins, cette faible proportion n’incite pas toujours les fabricants à investir dans des moules ou des coupes spécifiques pour une cible pas encore très importante en volume, sachant que les équipements de protection exigent aussi du stock, une déclinaison de tailles, et aussi un investissement dans la mise en conformité aux normes. « La question se pose aussi sur les pointures extrêmes, toutes gammes confondues. A chaque fois, nous devons faire des tests. On sait très bien que ces pointures vont s’adresser à une très faible partie de la population. La chaussure femme répond à la même logique, nous devons développer des solutions adaptées. C’est de notre responsabilité en tant que pure-player de la chaussure » souligne Jean-Pierre Boutonnet, directeur commercial de Lemaitre, dont la gamme Vitamine a été le premier lancement de la marque, il y a une quinzaine d’années, dans l’univers féminin.
Le travail sans le rose
De façon générale, il faut bien reconnaître que les premières réponses des marques sont souvent passées par le coloris rose, allègrement présent dans les lignes de chaussures de sécurité de la dernière décennie. De même, les pointures, à partir du 35 ou du 36, ainsi que l’adaptation de la grille des tailles dans le vêtement ont émergé dans les offres. Mais, comme on l’a vu, cela ne suffit plus. L’heure est à proposer des solutions qui répondent spécifiquement aux besoins des femmes et prenant en compte leurs différences d’anatomie. Au sein de la marque Synq, chez Sioen, les vêtements adaptés à la morphologie féminine représentent environ 40 à 50% de l’offre. « Il ne suffit pas de présenter un pantalon en XS ou taille 36 pour dire qu’on a des modèles pour les femmes. Systématiquement, dans toutes nos gammes, nous proposons des coupes féminines. Nous avons même des clients qui nous demandent des pantalons de grossesse. Ce sont souvent des dossiers spécifiques. Nous avons également développé dans notre gamme pour les pompiers des brassières pour les femmes. Certes, quand on regarde les chiffres, ce ne sont pas de grosses consommations. Mais ce n’est pas pour autant qu’on les écarte. »
Le pantalon en première ligne
Ainsi, un vêtement femme résulte aujourd’hui dans tous les cas d’une conception 100% adaptée aux femmes et à leur morphologie. Pour décrire sommairement la coupe d’un vêtement féminin, on peut évoquer, concernant les bas, une taille assez haute et plus affinée que pour les hommes et, du côté des hauts, une taille bien sûr plus marquée, une coupe plus cintrée et étudiée pour la poitrine, ainsi qu’une encolure en V plus fréquente. L’ergonomie est adaptée, la longueur des manches et des jambes ajustée. La ceinture peut aussi être élastiquée pour plus de confort. « Le corps des femmes étant différent de celui des hommes, les femmes ont besoin de vêtements de travail qui s’ajustent parfaitement à la taille, aux hanches et à la poitrine. Des manches trop longues, des pantalons mal ajustés et des poches mal placées limitent la mobilité et la sécurité des ouvrières du bâtiment, des femmes travaillant dans l’industrie et l’infrastructure, dans l'artisanat… Grâce à des ajustements judicieux des patrons de couture, à l’utilisation stratégique de tissus et de couleurs contrastés, à la révision de la taille et de l’emplacement de certaines poches, les nouveaux vêtements de travail pour femme sont parfaitement adaptés aux besoins et aux souhaits des professionnelles » confirme la marque Sioen.
Du côté du confort des vêtements pour femmes, comme d’ailleurs pour hommes, la présence d’une matière stretch dite 2D ou 4D dans le tissu du vêtement, qui s’étire ainsi dans plusieurs directions pour offrir toute liberté de mouvement, est une tendance qui s’affirme régulièrement. « Aujourd’hui, on peut réaliser avec les matières de plus en plus stretch des styles de plus en plus ajustés. Auparavant, les pantalons, surtout, n’étaient pas adaptés à la morphologie de la femme » rappelle Claire Obein. « On peut se permettre à la rigueur de faire un mix sur la pièce du haut, mais sur le pantalon, la morphologie de la femme est complètement différente de celle de l’homme. »
Ce choix du pantalon répond aussi à une logique de bon sens et économique. Homme comme femme, c’est la pièce du vestiaire la plus demandée.
Des besoins spécifiques
Au niveau des fonctionnalités, les fabricants poussent l’attention à tenir compte aussi des...











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