Les pantalons de travail
L’ergonomie des coupes, la technicité des matières
Produit stratégique pour une marque, le pantalon est, dans le vestiaire, celui qui exprime le plus la fonctionnalité d’un vêtement de travail. Répondant à des critères bien différents en fonction des métiers et de la taille de l’entreprise utilisatrice, il doit être choisi très soigneusement de façon à répondre parfaitement aux besoins du porteur, en termes de morphologie et d’applications. Par sa coupe, la qualité de ses tissus, ses multiples détails mais aussi son style, le pantalon contribue à ce que le professionnel soit à l’aise – et productif – dans son travail.
L’heure n’est évidemment plus au bleu de travail même si la création de la marque Lafont a aujourd’hui les honneurs du Mucem, à Marseille. Ce pantalon de travail arborant le fameux bleu Bugatti fait partie de l’exposition « Vêtements modèles » qui propose de suivre le parcours de cinq pièces emblématiques qui ont traversé le temps, s’imposant même parfois comme source d’inspiration ou comme basiques de l’industrie de la mode. Toutefois, le pantalon de travail moderne ne se cantonne plus à ce modèle historique, s’imprégnant lui aussi des tendances du street et du sportswear, tant en termes de matériaux que de style, de façon à ce que le professionnel, notamment l’artisan, puisse fièrement quitter son chantier sans avoir honte de ses oripeaux. N’oubliant pas les codes du prêt à porter, il adopte ainsi des coupes plus ajustées, allant même jusqu’au slim.
Mais avant tout, le pantalon est un produit clé du vestiaire de travail. Il s’agit de la pièce la plus importante en termes de demandes puisqu’il se vend environ trois pantalons de travail pour un haut. La raison est simple : porté quotidiennement, le pantalon est confronté à la salissure et s’use plus rapidement qu’une veste, d’où un changement plus fréquent. Surtout, le pantalon de travail est un véritable outil. Plus que tout autre vêtement, les marques estiment que c’est lui qui porte la fonction, alors que le haut est davantage un vecteur d’image. Ce qui suppose une attention particulière accordée au choix d’un pantalon adapté tant au métier qu’à la morphologie du porteur.
Pas la même matière pour tous
Le tissu comme la coupe sont les premières expressions de cette fonctionnalité. On s’en doute, les critères de choix ne sont pas les mêmes selon que le pantalon est destiné à un artisan du bâtiment ou à un opérateur dans l’industrie ou dans la logistique, à un travailleur statique ou en mouvement. Les marques établissent d’ailleurs des guides de choix facilitant la recherche du pantalon de travail le mieux adapté à l’usage, avec souvent une segmentation de l’offre par métier ou application.
Les matières qui composent un pantalon sont diverses. Polyester-coton, qui combine solidité et stabilité dimensionnelle, coton-polyester, plus chaud pour l’hiver et qui absorbe mieux l’humidité l’été tout en profitant de la résistance du polyester, coton 100% lavable jusqu’à 95°, convenant aux travailleurs des industries lourdes exposés aux étincelles, softshell qui offre une grande liberté de mouvement, tout en répondant aux grands froids avec sa membrane coupe-vent, déperlante et respirante, sans oublier les nombreuses combinaisons issues de l’univers de l’armée, dès qu’il s’agit de penser solidité et résistance à l’abrasion, ou du sport, lorsque le côté respirant et la liberté de mouvement sont recherchées. Ces combinaisons peuvent associer le polyamide Ripstop Cordura qui apporte à la fois légèreté et résistance, par une construction spécifique limitant la déchirure, ou encore l’élasthanne qui vient donner de la souplesse à des matières comme le nylon, le polyester, le Cordura ou le Ripstop.
Sous forme d’empiècements ou intervenant dans la construction même du tissu, l’élasthanne et autres tissus stretch ont le vent en poupe, surtout avec l’avènement des coupes plus ajustées. Le vêtement qui en est composé peut s’étirer dans deux voire quatre dimensions pour accompagner le porteur dans toutes les directions de ses gestes. Le stretch intervient aussi à certains endroits stratégiques, au niveau des genoux et de l’entrejambe (avec du Cordura ou du Ripstop par exemple), des poches, des reins ou du sacrum pour que l’utilisateur puisse se mouvoir sans contrainte, dès qu’il se baisse ou lève les bras. Toutefois, différentes qualités de fibres stretch existent, les plus performantes offrant une grande capacité de résistance à l’abrasion et à l’accroc, ainsi qu’aux lavages industriels, critère primordial dans certains secteurs.
Par ailleurs, des renforts en Cordura, Cordura Ripstop ou Oxford viennent accroître la résistance des zones fortement mises à contribution, notamment aux frottements, et soumises donc plus fortement à l’abrasion : les genoux, l’entrejambe, les articulations, les poches ou encore le bas du pantalon. La durabilité du vêtement est également donnée par les triple surpiqûres, notamment sur la longueur des jambes. Elles accentuent la fiabilité des coutures même lorsque le pantalon est léger.
Saisonnalité
Qui dit aisance implique de tenir de plus en plus compte de la saison. Si autrefois, le professionnel portait le même pantalon toute l’année, les pantalons été, demi-saison, hiver se développent, jouant la carte du confort en fonction de la période, notamment pour ceux qui travaillent en extérieur. Cela passe bien entendu par le grammage du tissu mais pas seulement. Pour l’hiver, les jambes du pantalon peuvent adopter à l’intérieur une maille ou un revêtement type polaire ou softshell qui apporte une couche d’isolation, les marques préconisant également le recours à des sous-vêtements adaptés. Des finitions hydrofuges, imperméables ou déperlantes, préservent, de leur côté, le porteur des méfaits d’un environnement humide, y compris lorsqu’il s’assoit sur une surface mouillée. L’été, les textiles respirants sont évidemment privilégiés et, notamment lorsqu’il s’agit d’un pantalon en stretch, des aérations en tissu de type mesh ou maille légère peuvent se placer à certains endroits stratégiques comme les côtés du vêtement, l’arrière des genoux ou les mollets, à l’instar de ce qui existe sur les pantalons de trekking ou de sport de haut niveau. De même, toujours pour ceux qui travaillent au dehors, les coloris sombres semblent moins attirer les insectes.
Questions de morphologies
La coupe est également un moyen de proposer un pantalon adapté à la mobilité du travailleur, faisant en sorte qu’il reste bien en place en suivant toutes les positions de son corps, avec par exemple des jambes dont la forme est conçue selon les mouvements naturels du corps ou des genoux articulés. La ceinture, élastiquée ou dotée d’un bandeau ergonomique, s’ajustant dans ce cas au mieux à l’individu en lui permettant parfois de gagner jusqu’à 5 cm de tour de taille, est également un point crucial pour assurer un confort dans le mouvement et un maintien parfait. Le dos peut également être rehaussé, pour assurer la bonne tenue du pantalon même quand son porteur est accroupi, marquant la disparition du fameux sourire du plombier.
L’objectif est donc de proposer un pantalon adapté au maximum à la morphologie du professionnel. La plupart des intervenants de ce marché proposent ainsi des modèles se déclinant en deux ou trois longueurs de jambe, ce qui, au-delà du confort de port et de l’esthétique, assure que la genouillère et les poches sont placées au bon endroit. Des ourlets réglables, soit à l’aide d’un bouton-pression ou avec un double ourlet intérieur qui se découd facilement, permettent également de rallonger d’au moins cinq centimètres la jambe.
La prise en compte de la morphologie féminine est également devenue de rigueur. Même si les pantalons pour les femmes ne représentent encore qu’une faible part des ventes, certaines marques observent des croissances à deux chiffres dans tous les secteurs d’activité, notamment l’artisanat et dans les appels d’offre des collectivités. Chez les principaux acteurs, chaque collection se décline donc dans des modèles féminins, avec les mêmes coloris, bien que la palette soit un peu moins large. Certains, comme Blaklader, proposent même de pantalons de grossesse, contribuant à ce que l’utilisatrice puisse continuer à travailler dans des conditions confortables. La marque, rendue célèbre avec ses kilts de travail pour les hommes, propose aussi pour les femmes des jupes en stretch avec ceinture élastique, avec short intérieur, qui permettent un maximum de mouvement et de confort tout au long de la journée.
Les genoux au centre de la protection
Si le confort et l’aisance dans tous les mouvements conditionnent la qualité du travail ainsi que la productivité du professionnel, l’aspect protection n’est pas oublié. En ce qui concerne le pantalon, ce sont les genoux qui sont dans la ligne de mire. Pour être conforme à la norme EN 14404 + A1 : 2010, qui définit les exigences pour protéger les genoux lors de toute activité nécessitant une position agenouillée, le pantalon doit être porté avec une genouillère en mousse dûment certifiée. Confronté sans protection à cette position qui n’a rien de naturel, le...











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