S'abonner à la revue
Retour
juin 2026

Visserie inox

Une fixation aux nerfs d’acier

Présente de façon inégale dans les gammes de fixation, la visserie inox enregistre une croissance continue, dès qu’il s’agit d’assurer la durée de vie d’un assemblage dans un environnement soumis à la corrosion. Son développement passe par une écoute des besoins des professionnels pour dénicher des applications où cette typologie de vis pourrait apporter des bénéfices. Néanmoins, plus coûteuse qu’une vis en acier zingué, la vis en inox doit encore être mise en avant par le distributeur qui doit la préconiser dès que la destination de pose l’exige.

La visserie inox, une niche ? « Non, ce n’est pas un marché niche. C’est une alternative pour les applications extérieures à la vis zinguée qui, elle, est destinée à l’intérieur » rétorque Julien Meinster, responsable comptes-clé de Spax, en charge des quincailleries professionnelles.

Certes, les applications pour lesquelles la vis inox est requise sont moins nombreuses que celles de la vis en acier zingué, mais force est de constater que cet univers prend constamment des parts de marché, même si ses contours sont difficiles à cerner puisqu’elle est englobée dans la grande famille visserie.

Pas que le 20/80

Au sein des marques, le poids de la visserie inox dépend avant tout de leur positionnement marché. Chez les spécialistes de la visserie-boulonnerie en inox comme Acton, elle représente la quasi-totalité de l’activité. Créée en 1985, cette entreprise propose 15 000 références, dont environ 85% dans cette matière, déclinées en différentes nuances, dimensions et géométries. « Sur une gamme de vis à tête hexagonale, on va avoir, par exemple, pour un filetage total, environ 250 références. En tant que spécialiste, nous n’avons pas d’autres solutions que de proposer cette largeur de gamme pour répondre aux besoins des clients, qu’ils soient dans les différents secteurs de l’industrie ou le bâtiment » explique Eric Caudal, directeur d’Acton.

Chez un spécialiste de la visserie bois comme Spax, marque reconnue en France notamment dans les applications liées à l’aménagement extérieur, y compris la terrasse, la visserie inox, fabriquée dans son usine allemande, représente environ 30% des ventes. Autre profil d’entreprise, le groupe Briconord, qui désormais s’appuie sur le savoir-faire de Scell-it dans le métal et sur celui de Starblock dans le bois, est en mesure aujourd’hui de revendiquer une gamme de visserie inox, recouvrant de larges besoins qui ne se cantonnent pas au 20/80. « La visserie inox aussi bien pour Scell-it que pour Starblock est un marché en progression depuis plusieurs années. Pour la partie métal, elle pèse aujourd’hui près de 15% de notre business et 22% pour la partie bois » précise Olivier Leguellec, directeur marketing Scell-it/Starblock.

D’autres acteurs opèrent évidemment sur cet univers, à commencer, du côté des spécialistes, par l’Allemand Schaefer + Peters, l’un des principaux grossistes européens spécialisés dans la visserie et les éléments de fixation inoxydables (A2 / A4). Les majors de la fixation, à l’instar de Würth qui officie dans la visserie inox à travers ses fabrications propres, et les différentes marques spécialisées en visserie/fixation, offrent également des gammes inox plus ou moins importantes, relevant souvent d’une activité de négoce.

Démocratisation des usages

Préconisée pour assurer la durée de vie d’une fixation positionnée à l’extérieur ou dans des environnements exposés à l’humidité, à la salinité et autres milieux chlorés et acides, la vis inox est plébiscitée pour sa résistance à la corrosion. Elle bénéficie évidemment de la montée en puissance du contexte normatif, en particulier dans le bâtiment et l’aménagement extérieur. Les Eurocodes et DTU préconisent l’utilisation d’une vis inox dans certaines conditions d’exposition de la fixation à la corrosion, à l’humidité, à l’exposition extérieure, ou de durabilité structurelle, au risque pour le poseur qui ne respecte pas ces consignes d’être mis en difficulté en cas de litiges.

Industries automobile, navale, agroalimentaire (chambres froides, abattoirs…), agricole (élevage…), pharmaceutique, médicale, chimique, électronique, bâtiment, etc., la vis inox se justifie donc dans de multiples secteurs d’activité, qu’il s’agisse de première monte, de maintenance ou de rénovation, dès que les éléments de fixation peuvent être fragilisés rapidement par la corrosion du fait de leur exposition aux intempéries (humidité, neige), aux atmosphères salines et autres produits chimiques. Préconisée sur les régions côtières, mais pas seulement puisqu’elle concerne toute installation extérieure, elle s’adresse donc, au-delà donc de l’industrie en première monte ou en maintenance, à de nombreux métiers qu’il s’agisse des façadiers (bardages), menuisiers (fenêtres…), couvreurs, métalliers (garde-corps…), charpentiers, paysagistes, etc. sans oublier les applications particulières comme les cuves de transformation du vin. Elle est également recherchée par les entreprises soucieuses de réduire la maintenance de leurs installations et équipements, par exemple les ascensoristes qui cherchent à prévenir la dégradation de la visserie en lui procurant une plus grande résistance au nettoyage. « Le marché agroalimentaire a été l’un des précurseurs en raison des normes exigées. Ensuite, les marchés ont évolué en fonction de l’usage et de la prise de conscience que ces vis étaient adaptées à des milieux très agressifs comme celui de l’élevage » rappelle Jean-François Kovac, commercial chez Acton. « Aujourd’hui, certains clients n’hésitent plus à mettre de l’inox pour éviter de changer leur fixation trop fréquemment puisque le coût du SAV est beaucoup important que celui de la vis en inox » ajoute Eric Caudal.

Malgré les hausses récentes, la baisse des prix de la visserie inox depuis une dizaine d’années a contribué à réduire l’écart avec la visserie en acier zingué, incitant sans doute des professionnels à franchir le pas, bien que le phénomène semble encore peu généralisé. Le coût d’une visserie inox reste en effet largement supérieur à celui d’une vis « classique » et sauf obligation, la contrainte prix reste majeure, notamment dans le bâtiment. « Entre l’industriel et l’artisan du bâtiment, l’approche n’est pas la même. L’industriel va être exigeant sur le prix mais surtout sur la qualité, car il est confronté à de grosses séries qui vont être montées en chaîne. Si on met une vis à tôle dans un bol vibrant et que la vis n’a pas exactement la bonne dimension, ça bloque la machine » poursuit Jean-François Kovac. « Dans le bâtiment, le prix est important. Et la vis en inox doit répondre à un besoin. »

L’anti-corrosion, ça dure

La protection contre la corrosion a d’ailleurs toujours été prise en compte par les fabricants de visserie. Souvenons-nous des vis bi-chromatées et de leur coloris jaune, en vogue en France et plus largement dans les pays méditerranéens, dont la fabrication est aujourd’hui interdite en raison des risques liés au chrome-VI. Ces vis présentaient une résistance à la corrosion supérieure à la vis en acier zingué. Depuis, les fabricants ont innové avec différents traitements comme l’électro-zingage, relevant d’appellations propres, permettant de protéger l’acier et de donner à la vis traditionnelle une performance très supérieure à la corrosion, sans atteindre toutefois celle de l’inox. Non reconnus par les DTU, ces traitements sont considérés comme un palliatif à l’inox lorsque la vis n’est pas en contact direct avec l’humidité.

Martensitiques et austénitiques

Selon la norme NFE EN 10020, un acier inoxydable est un acier contenant au minimum 10,5% de chrome et au maximum 1,2% de carbone. Pour la petite histoire, c’est le métallurgiste anglais Harry Brearley qui, en 1913, met au point un des premiers aciers inoxydables modernes en ajoutant du chrome à l’acier. Le chrome réagit en effet avec le dioxygène de l’air et forme une couche d’oxyde de chrome, appelée « couche passive », qui forme une barrière de protection entre l’acier et son milieu. L’ajout d’une quantité importante de chrome à la composition de l’acier est donc un moyen de juguler l’action du fer, composant majoritaire des aciers traditionnels et responsable de l’oxydation et de la rouille qui survient ensuite. L’acier inoxydable est donc un alliage dans lequel figure de l’acier au carbone, auquel sont ajoutés différents composants, comme le chrome, le nickel, le molybdène qui contribuent à le rendre inoxydable, chaque type d’inox présentant différentes classes de qualité.

En ce qui concerne la visserie, il existe principalement deux grandes familles : les inox martensitiques et les inox austénitiques. Les premiers contiennent en général 12 à 19% de chrome, leur teneur en carbone variant de 0,08 à 1,2%, et pouvant donc intégrer du nickel et du molybdène. Ces aciers sont désignés par la lettre C (C1 à C4). Selon Acton, ils permettent d’associer une résistance à la corrosion intéressante (toutefois inférieure aux aciers inoxydables austénitiques) à des propriétés mécaniques équivalentes à celles d’aciers alliés de haut de gamme.

Offrant une résistance accrue à...

Veuillez vous identifier pour consulter la totalité de l'article.

Vous avez perdu votre n° d'abonné. N'hésitez pas à nous contacter.

Vous n’avez pas de n° d'abonné ?
Abonnez-vous pour bénéficier de nos revues et l'accès à l'intégralité des articles !